3 questions à Pascal Beau, directeur de Espace social européen et président de l’Observatoire Européen de la Protection Sociale

Dénonçant le manque de productivité de la représentation des usagers au sein de l’Assurance Maladie, Pascal Beau croit en l’expression plus participative des usagers et des patients – qu’il appelle à ne pas confondre. Une mise au point qui lui paraît indispensable en plein bouleversement des responsabilités entre les soignants, les soignés et les payeurs.

 

  • Par quoi faut-il commencer pour améliorer l’écoute au sein de l’Assurance Maladie ?

PB : « Mieux vaut ne pas confondre les usagers et les patients, car seuls ces derniers me paraissent avoir une réelle légitimité. Le concept d’usager est trop flou, une sorte d’objet non identifié, et les patients resteront toujours les premiers concernés. C’est donc ceux-là qu’il faut entendre et écouter en priorité. Ils sont déjà représentés dans les caisses d’Assurance Maladie mais cela fonctionne mal. La représentation de la société au sein de la sécurité sociale est à réinventer pour que la voix des patients et des usagers porte davantage désormais. La création d’un circuit parallèle, différent, à travers la création de l’UNAASS, qui va s’installer dans les semaines qui viennent, me paraît intéressante pour faire progresser les choses. Cette approche des usagers au sein des structures est nécessaire à condition de travailler avec des patients et leurs associations sur des pathologies sans tomber dans les méandres de l’institutionnalisation à outrance. La voix de celles et ceux qui sont destinataires des soins doit peser davantage, car il sont co-responsables à travers l’observance de protocoles thérapeutiques. Les comportements, les posologies et le suivi médicalisé concourent à parts égales dans la réussite des soins. »

 

  • Comment injecter plus de démocratie dans la construction des parcours de soins ?

PB : « Cette parole des usagers prend ici tout sons sens et c’est ce qui va se faire. Les frontières des responsabilités historiquement confiées aux organisateurs du système vont être totalement bouleversées. De son côté, l’Assurance Maladie qui est d’abord un médiateur économique qui permet de mutualiser un besoin de prise en charge. Nous souffrons d’un excès de représentation avec cette constellation stupéfiante de structures et d’instances dont nous ne sommes pas sûrs de l’utilité. Je crois davantage à la démocratie participative où les gens interviennent par rapport à un besoin, à une pathologie donnée en entrant dans un processus de coaching avec les soignants et les producteurs de données de santé, ce qui promet d’être bien plus efficace. »

 

  • Parmi les approches développées à l’étranger, quels sont les modèles à suivre ?

PB : « Les pays d’Europe du Nord ont incontestablement une longueur d’avance sur nous dans ce domaine. Ces nations de taille plus petite, à la fois plus homogènes, permettent une intégration plus forte des processus d’expression et de suivi réel des parcours de santé. La France reste trop composite dans son organisation à cet égard. En Finlande, les médecins consacrent un tiers de leur temps au dialogue préventif et à l’éducation à la santé. Ils se déplacent dans les quartiers, les écoles, les entreprises, les associations et y compris dans les familles pour voir les gens et discuter nutrition, hygiène de vie, sport, mieux-être, pour former et informer les citoyens. Ce dialogue est aussi un élément de la thérapie qu’on oublie trop souvent. Ce niveau de participation de la population et des usagers du système de soins me semble très prometteur. Le Japon développe aussi un modèle intégré un peu différent, mais qui poursuit le même objectif. En France, il serait temps de s’y mettre.« 

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